La paroisse sous l'ancien régime

L'histoire de cette paroisse remonte au moins au 11e siècle, avec l'établissement d'un monastère bénédictin à l'emplacement de ce qui est aujourd'hui l'église Saint-Simon et Saint-Jude. Dès François 1er, cette région est renommée pour ses vins. Au 17e et 18e siècle, elle le fut aussi pour le bois que l'on tirait de ses forêts. Les paysans y manquaient d'eau, la terre étant pauvre et sèche, ce qui explique que jusqu'à la fin du 19e siècle, on n'y cultivera presque exclusivement de la vigne.

Comme toutes les paroisses du Poitou-Charentes, où vécurent de nombreux protestants, la Foye fut affectée par les guerres de religion. Les registres reflètent cette époque avec quelques abjurations [1]. Il est intéressant de noter la présence au début du 18e siècle d'une petite congrégation de réfugiés catholiques irlandais, avec notamment une famille Macarthy, qui donnera deux curés au village [2].

Parmi les notables, on notera au 18e siècle Pierre d'Hauteville, docteur en Sorbonne, et René Racapé, avocat au parlement de Paris [3].

Du vin de la Foye

Extrait du site des Fiefs Viticoles [4] :
La région de Beauvoir-sur-Niort produisait des eaux de vie et des vins considérés comme d’assez bonne qualité, surtout ceux de certains coteaux de la Foye-Monjault et de Limouillas cités en 1534 par le célèbre Rabelais dans les Grandes et Inestimables Chroniques du Grand et Énorme Gargantua.

Tenez, capitaine, beuvez en hardiment,
j’en ai faict l’essay, c’est vin de la Faye-Moniau.
Les vins de la Foye-Monjault, et bien au-delà des limites du Poitou furent très tôt et très longtemps célèbres. De François 1er à Henri IV, « ce fut vin de bouche des rois ». Une phrase est célèbre dans le département « Buvez en sire, c’est du vin de Limouillas ». On prétend même que le Roi aurait possédé un clos à Limouillas. Un acte officiel mentionne que le Roi se faisait livrer au château d’Ambroise, entre autres, du vin de la Foye-Monjault. En 1750, les connaisseurs le comparaient à du bordeaux de bonne qualité et le meilleur cru était celui de Limouillas.  
L’exploitation des terres en vignes constitua longtemps une quasi-monoculture. Un document de 1246 montre qu’à cette époque, le pays offrait l’aspect d’un immense vignoble partagé entre près de 4 500 propriétaires, détenant pour la plupart moins d’un quartier de vignes soit 5 000 ou 6 000 ceps seulement, un petit nombre n’en détenaient que quelques centaines. Ces vins se vendaient à bon prix : En 1753, Gabriault, un marchand niortais vendit du vin blanc de la Foye-Monjault à 24 livres la barrique contre 12 livres dans les coteaux niortais. 
Au 18e siècle, les foires de Mauzé, Beauvoir et de la Foye-Monjault, cette dernière se déroulant tous les 25 octobre, avaient une grande réputation. On y fixait le prix du vin. Les marchands et les artisans s’y rendaient nombreux. Viticulteurs et négociants faisaient vivre de nombreux métiers : En particulier, les tonneliers qui fabriquaient les futailles pour loger les récoltes.


Description des paroisses du diocèse de Saintes dans l’élection de Niort en 1716

D'après Histoire-Passion [5] :
La Foye-Montjault est une parroisse composée de cent douze feux, dont il y a vingt-quatre petits domaines, située au sud de Niort, à la distance de trois lieues, dans une plaine où les terres sont sèches et arides et rapportant peu de blé. La plupart sont plantées de vignes, les vins sont estimés parmi les plus excellents de la province. Elle comprend un "buisson" d’environ sept cent arpents de bois. 
On y élève des brebis et on y nourrit des bœufs pour la culture des terres.
Le commerce des habitants est sur le vin et sur le bois. 
Son revenu consiste en vin, peu de blé, de bois et dans les profits sur les brebis.
Il y a une foire pour les bestiaux le jour de la Saint-Simon et Saint-Jude. 
Imposition : Taille : 1,712 l – fourrage : 102 l – capitation : 400 l – dixième : 418 l et 12 s – Total : 2,632 l et 12 s 
Cette paroisse appartient au diocèse de Saintes. Il y a un prieuré de l’ordre de Saint-Benoist, de sept mille livres de rente. M. l’abbé de Vallois, grand vicaire de Mr de Poitiers, le possède en règle, il est dans la présentation de M. l’abbé de Montierneuf. Elle appartient à M. le prieur à titre de châtellenie relevant du Roi à cause du château de Niort. 
Sa diminution est de quatorze feux depuis 1686.

L'agriculture vers la fin de l'ancien régime

Extrait des Documents Inédits sur l'histoire Économique de la Révolution Française [6] :
Au sud de Niort, la plaine. Elle formait la plus grande étendue, avec ses terres fécondes, essentiellement propres à la culture des céréales. Elle se couvrait chaque année de riches moissons de blés, orges, avoines, méteils qui formaient presque la seule richesse et par conséquent le seul commerce de cette contrée. La production était supérieure à la consommation des habitants. On rencontrait quelques vignes aux environs de Niort et Saint-Maixent, produisant de petits vins rouges et blancs de qualité médiocre et souvent mauvais. 
Mais c'était au sud ouest, dans les parties appartenant l’Aunis et à la Saintonge que dominait la vigne. La récolte y était habituellement abondante et les vins d'excellente qualité, notamment à la Foye-Monjault. Ces vins gardés quatre à cinq ans, avaient le bouquet du bordeaux. François ler les prisait beaucoup et Rabelais en fait mention. On prétend même que jusqu'à Henri IV inclusivement, le vin de la Foye-Monjault était le vin de la bouche des rois. 
Les vins rouges se consommaient à quinze lieues aux environs ; et les vins blancs, beaucoup plus abondants, étaient convertis, par les propriétaires, afin d'en assurer l'écoulement, en délicieuse eau-de-vie, qui, dans certaines paroisses, étaient aussi estimées que celles de Cognac. 
A l'exception des bois de l'Hermitain et des bois de Celles, on rencontrait peu de bois dans le nord de la plaine, il était même de vastes communes qui en étaient entièrement dépourvues; tandis que dans le sud et le sud-ouest s'étendaient deux belles forêts, celles de Chizé et d'Aulnay, qui existent encore aujourd'hui et plusieurs bois, notamment celui de la Foye-Monjault […]. Les bois étaient consommés en partie sur place pour le chauffage et pour différents travaux, notamment pour la fabrication des douves de tonneaux. Les habitants des paroisses voisines des forêts de l'Hermitain, de Chizé et d'Aulnay jouissaient du droit de pacage et droit de bois mort dont l'origine remontait au moyen-âge.
Jean Moreau, qui résidait au Cormenier en 1767, est qualifié de "vendeur du bois de la Foye-Monjault" sur cet acte des registres de la Charrière. Il fut auparavant marchand et maître poêlier. Pierre Chambon, de la Foye, l'était également durant la Révolution.







Extrait du mariage de Louis Moreau et Marie Anne Barreau. 
A l'ouest et au sud de Niort, s'étendaient les Marais, produisant abondamment des foins ; mais c'était une herbe haute et large, une espèce de roseau, qui faisait un mauvais fourrage. Là aussi, peu de bestiaux, peu de fumier et peu de récoltes.

Une terre ingrate, juste bonne pour la vigne
























La photo ci-dessus illustre bien une caractéristique de cette région qui a dû déterminer la condition de vie de nos ancêtres – la pauvreté de la terre, comme en fait état l'​extrait suivant des cahiers de doléances :
Que la paroisse de la Foye-Monjault est un sol très sec et naturellement stérile, qu'elle n'est arrosée en aucune de ses parties de ruisseaux, de rivières quelconques, que même très souvent et une partie de l'année on y est privé d'eau pour boire, ce qui notamment est arrivé durant la cruelle et excessive rigueur de l'hiver de cette année ; que ce manque d'eau ordinaire, naturel et général prive les colons de pouvoir élever et nourrir du bétail d'aucune espèce et qu'ils ne peuvent par le moyen de l'engrais rendre leurs terres fertiles et abondantes ; que, pour lors, la seule ressource qui leur reste et le seul parti qu'ils aient à prendre pour tirer quelques avantages de leurs terres, est de les planter en vigne, quoique, par les raisons ci-dessus alléguées, elles ne vivent pas longtemps.

Ci-dessous : logis ou corps de ferme, situés au sein d'une campagne où se ressentent parfois la sécheresse et la pauvreté de la terre, évoquées autrefois dans les cahiers de doléances.











































































 Photos de Nicole Gauthier


Notes

[1] Registres de la Foye-Monjault (BMS, 1675-1719). V. Extraits des registres de la Foye Monjault

[2Registres de la Foye-Monjault (BMS, 1675-1719). V. Extraits des registres de la Foye Monjault

[3Registres de la Foye-Monjault (BMS, 1675-1719). V. Extraits des registres de la Foye Monjault

[4] Les Fiefs Viticoles : Partie 1: Le Temps de la Prospérité | Partie 2 : le Travail de Mémoire | Partie 3 : La Mort des Vignes

[5] Source : La Foye-Monjault – D'après les Mémoires de la Société de statistiques, sciences, lettres et arts du département des Deux-Sèvres - Niort - 1886 - BNF Gallica

[6] Documents Inédits sur l'Histoire Économique de la Révolution Française, Département des Deux-Sèvres. Cahier de doléances des sénéchaussées de Niort et de Saint-Maixent, et des communautés et corporations de Niort et Saint-Maixent pour les États généraux de 1789 (1912)



Voir aussi :