Les dolmens et le romantisme du XIXe siècle



Toujours du même Gabriel Lévrier, un passage qui nous évoque la fonction de ces monuments du Poitou, que l'auteur, en 1867, pensait d'origine celtiques. Ils datent en fait du néolithique (les plus anciens vers 5000 ans av. J.-C., et jusqu'à 2000 ans avant notre ère), bien avant l'arrivée des Celtes dans cette région (peut être autour de 1000 av. J.-C. ?). Quoi qu'il en soit, ce témoignage archéologique, empreint du romantisme du XIXe siècle, fait toujours plaisir à lire.

Selon Lévrier : « Un grand nombre d'écrivains se sont occupés de l'origine des Celtes et des impérissables monuments de leur culte, dont on trouve la trace en tant de lieux, et particulièrement en certaines localités du Poitou. M. Ch. Arnauld nous fournit de précieux renseignements au sujet du culte des Gaulois, nous les reproduisons en ce qu'ils ont trait à notre pays. Quelle fut la destination des monuments celtiques ?

D'après les recherches de plusieurs antiquaires, quelques-uns ont reçu la dépouille mortelle d'illustres guerriers ; presque tous ont servi d'autels, et le sang des victimes les inonda souvent. Des fouilles ont été faites sous les dolmens : Qu'ont-elles produit en France et en Angleterre ? Quelquefois rien ; mais, quelquefois aussi, des haches de silex, des flèches et des ossements humains. D'ailleurs, les motifs et les circonstances qui firent élever les monuments de ce genre durent souvent changer, comme semblent le prouver les formes différentes que l'on observe dans leurs constructions.

Dolmen de la Pierre Pèse, à Limalonges, Deux Sèvres
[source : Chantelus]
En effet, en examinant de nouveau par la pensée les monuments que l'on peut visiter, de Saint-Maixent à Breuil, on verra qu'ils se distinguent tous par quelque différence. La table des uns est horizontale, celle des autres est inclinée ; sur la surface de l'un on voit un cercle, une rigole, sur la surface de l'autre, des inégalités causées par le temps ; l'un est supporté par plusieurs piliers, l'autre repose sur la terre. Tout prouve que ces diverses pierres furent érigées pour des causes différentes, et virent s'accomplir des cérémonies qui durent souvent varier et changer.

Ce qu'il y a de certain, c'est que les dolmens servaient, dans la Gaule, à l'accomplissement des cérémonies sacrées. C'est sur leurs tables agrestes que les druides consultaient les victimes qu'ils venaient d'immoler ; c'est de là qu'ils parlaient au peuple pour le frapper et l'émouvoir.

Presque tous ces monuments que nous voyons aujourd'hui en plein air, aux rayons du soleil, étaient autrefois placés à l'ombre des chênes, dans l'immense forêt qui portait le nom de Vauclair. C'est là qu'ils entendirent la grande voix des cérémonies religieuses ; c'est là qu'ils virent de nombreuses assemblées, maintenant ils sont seuls. »